La santé humaine ne se résume pas aux hôpitaux ni aux médicaments : elle est profondément ancrée dans notre relation avec l’environnement et la biodiversité. La déforestation, la perte de biodiversité et les changements climatiques accentuent les risques d’émergence de maladies infectieuses. La maladie de Lyme, transmise par les tiques, et l’expansion du moustique tigre, vecteur de dengue et de chikungunya, illustrent comment les facteurs environnementaux influencent directement la santé des populations humaines.
C’est précisément ce que défend le concept de One Health, qui souligne que la santé des humains, des animaux et des écosystèmes est indissociable.


One Health : une approche intégrée
Le concept One Health repose sur une idée simple : les humains, les animaux domestiques comme sauvages et la nature partagent un même système. La dégradation des espaces verts, l’introduction d’espèces exotiques envahissantes ou la pollution des eaux affectent à la fois la santé de l’environnement et la santé humaine.
Comme le souligne l’Atlas One Health, de nombreux chercheurs ont largement documenté ces liens. Par exemple, la diminution des plantes hôtes ou des prédateurs naturels accroît l’exposition aux tiques et donc les cas de maladie de Lyme.
Biodiversité et santé : les services écosystémiques
Le lien entre la biodiversité et la santé est indéniable et ne se limite pas à l’esthétique des paysages. Les écosystèmes soutiennent notre bien-être mental et physique en fournissant divers services écosystémiques essentiels, tels que la purification de l’eau et de l’air, des activités de loisir et de spiritualité, la création de médicaments…
Approvisionnement
Les écosystèmes fournissent l’eau potable, notre nourriture, mais aussi des molécules indispensables à la fabrication de médicaments. L’écorce du quinquina, par exemple, a permis de mettre au point des traitements contre la malaria. Préserver la diversité des espèces garantit l’accès à ces ressources, essentielles pour la biodiversité, la santé humaine et la sécurité alimentaire des populations. Selon l’OMS, on estime qu’environ 80% de la population mondiale a recours à la médecine traditionnelle. Une médecine qui comprend notamment de nombreux mélanges à base de plantes, de gènes animaux ou de minéraux. Mieux encore, au-delà de tous les organismes et molécules que nous procure la nature pour nos médicaments, ce sont également les animaux et leur résilience face à la maladie qui sont une source d’inspiration.


Régulation
Les services écosystémiques jouent aussi un rôle de protection. Les oiseaux insectivores ou certaines chauves-souris réduisent par exemple les populations de moustiques, limitant ainsi la propagation de maladies infectieuses. À l’inverse, la disparition de ces régulateurs peut favoriser la prolifération du moustique tigre ou d’autres vecteurs de pathogènes. De plus, des espèces exotiques envahissantes peuvent bouleverser les équilibres, introduisant de nouveaux virus et compromettant la qualité de la santé de l’environnement.
Culturel
La nature et la biodiversité sont également un véritable facteur de bien-être. Les espaces verts et les espaces naturels améliorent la santé mentale, réduisent le stress et encouragent l’activité physique. Ces effets positifs renforcent notre système immunitaire, ainsi que notre microbiote, et participent à une meilleure santé environnementale. Ces services dits culturels complètent les services d’approvisionnement et de régulation.
Enjeux sanitaires actuels
Zoonoses et maladies émergentes
Les maladies infectieuses transmises des animaux sauvages aux humains sont en forte augmentation. La maladie de Lyme, Ebola, la rage ou encore la pandémie de COVID-19 montrent que la dégradation de l’environnement favorise l’émergence de nouvelles menaces sanitaires. La détection de ces nouvelles menaces ainsi que les prévisions de leurs pics de propagation sont également des défis importants. Grâce à sa rigueur scientifique, E-BIOM a développé les protocoles de détection du SARS-CoV-2 dans les eaux usées wallonnes. Les mesures de l’évolution de la concentration du virus dans les égouts de seize villes se sont révélées précieuses pour anticiper les pics de la pandémie.
Ces phénomènes sont exacerbés par la perte de biodiversité et les changements climatiques, qui modifient la répartition des espèces et accroissent les contacts entre humains et animaux sauvages.


Agriculture et alimentation
L’agriculture est intimement liée aux services écosystémiques. La pollinisation, assurée principalement par les insectes, conditionne la production de nombreux fruits, légumes et autres cultures. De la même manière, les prédateurs naturels comme certains oiseaux, chauves-souris ou insectes régulent les populations de ravageurs, réduisant le besoin de pesticides.
Or, la perte de biodiversité, combinée avec l’appauvrissement des sols, fragilise la sécurité alimentaire : baisse des rendements, uniformisation des cultures, vulnérabilité accrue face aux maladies et aux aléas climatiques. À terme, la réduction de la diversité alimentaire entraîne une alimentation plus pauvre en nutriments, ce qui fragilise la santé humaine et peut favoriser des carences.
L’élevage intensif influence également la circulation des pathogènes. En effet, la concentration des animaux augmente le risque d’émergence et de transmission de zoonoses. À l’inverse, les systèmes extensifs et diversifiés réduisent la propagation de maladies infectieuses et le recours aux antibiotiques.
Maintenir la biodiversité agricole au sein des exploitations, tout en restaurant la qualité des sols, c’est donc renforcer à la fois la santé environnementale et la santé humaine.
Urbanisation, pollution et émergence
L’urbanisation rapide transforme les espaces naturels en zones artificialisées, fragmentant les habitats et réduisant la diversité des espèces. La pollution de l’air, de l’eau et des sols affaiblit la résilience des écosystèmes, ce qui augmente les risques de déséquilibres écologiques et favorise l’émergence de pathogènes. L’imperméabilisation des sols et la concentration des populations humaines accentuent aussi les effets du changement climatique, tels que les inondations ou les vagues de chaleur, avec des impacts directs sur la santé.
En France, certaines régions comme la vallée de la Loire illustrent ce phénomène : à mesure que la pression urbaine et agricole s’intensifie, les conséquences environnementales et sanitaires se multiplient, soulignant l’urgence d’une meilleure intégration de la biodiversité dans l’aménagement du territoire.


Challenge émergent
À l’échelle mondiale, le changement climatique constitue l’un des principaux défis pour la santé environnementale et humaine. La hausse des températures, la modification des régimes de précipitations et la fréquence accrue des événements extrêmes bouleversent les équilibres écologiques et facilitent l’expansion de vecteurs comme le moustique tigre vers de nouvelles régions. Ces dynamiques augmentent les risques de transmission de maladies émergentes et ré-émergentes.
Face à ces menaces transfrontalières, la surveillance et la prévention ne peuvent se concevoir qu’à travers une coopération internationale renforcée et une approche intégrée One Health, afin d’anticiper et de limiter les impacts sanitaires et environnementaux.
Conclusion
La santé humaine est indissociable de la biodiversité et des services écosystémiques. Préserver les espaces verts, réduire la pollution et protéger la biodiversité est essentiel pour limiter l’émergence de maladies infectieuses.
En adoptant l’approche One Health, il est possible de mieux anticiper les conséquences sanitaires des changements climatiques, des espèces exotiques envahissantes et de la perte de biodiversité. Chez E-BIOM, nous sommes convaincus que nous devons apprendre à penser la santé environnementale dans toutes ses dimensions : humaine, animale et écologique.
Protéger la nature, c’est protéger notre avenir et celui des générations futures.



