Contexte et enjeux
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Directive cadre sur l’eau (DCE), les autorités publiques et le secteur privé doivent renforcer leur engagement en faveur d’une meilleure évaluation de la qualité écologique des cours d’eau. L’un des enjeux majeurs réside dans la compréhension fine de l’impact potentiel de leurs rejets sur les milieux aquatiques, afin de guider efficacement les actions d’amélioration.
Or, les méthodes traditionnelles d’évaluation biologique – basées sur l’échantillonnage et l’identification morphologique des organismes – présentent plusieurs limites. Elles sont souvent coûteuses, longues à mettre en œuvre, et fortement dépendantes de l’expertise des experts. De plus, certaines espèces indicatrices, comme la moule perlière ou la mulette épaisse, peuvent être rares, discrètes ou difficiles à détecter par observation directe.
Ces contraintes freinent la fréquence et la finesse des suivis écologiques, au moment même où les pressions sur les milieux aquatiques exigent des outils plus réactifs et plus sensibles.


Une solution innovante : l’ADN environnemental
Pour pallier ces contraintes, E-BIOM et ses partenaires ont misé sur une méthode innovante, de plus en plus utilisée dans le cadre des suivis environnementaux : l’ADN environnemental (ADNe). Cette technologie permet de détecter les traces génétiques laissées dans l’eau par les organismes vivants — via leurs cellules, mucus, excréments ou fragments de tissu — sans avoir besoin de les capturer, ni de les observer directement.
Cette approche présente plusieurs avantages : elle est plus rapide, moins invasive et permet de détecter une plus grande diversité d’espèces, y compris celles qui passent inaperçues avec les techniques classiques. Elle offre également un gain de standardisation, car l’identification repose sur des séquences génétiques et non sur une interprétation humaine. Intégrée dans un protocole rigoureux, l’analyse ADNe se révèle particulièrement pertinente pour détecter des changements subtils dans les communautés biologiques, même sur de courtes distances autour des points de rejet.
Lire notre article dédié à l’ADNe
En pratique …
Dans le cadre de ce projet, des prélèvements d’eau et de diatomées ont été réalisés sur dix sites, répartis sur six cours d’eau wallons, afin d’évaluer l’impact des effluents sur les communautés biologiques. Deux types de prélèvements ont été réalisés : des prélèvements de diatomées benthiques et des prélèvements d’eau, afin de détecter la présence de la Moule perlière (Margaritifera margaritifera) et de la Mulette épaisse (Unio crassus), deux espèces Natura 2000 actuellement menacées en Wallonie et ailleurs en Europe.
L’ADN a été extrait de ces échantillons dans les laboratoires de E-BIOM, puis analysé par bio-informatique afin d’identifier les espèces cibles.


Des indicateurs biologiques robustes, fondés sur l’ADN
L’analyse de l’ADNe a permis de reconstituer avec précision les communautés de diatomées, microalgues sensibles aux variations de qualité de l’eau et largement utilisées comme bioindicateurs dans les réseaux de surveillance. Il a été possible de calculer plusieurs indices écologiques de référence, directement à partir des séquences ADN.
Ces indicateurs permettent de détecter de potentielles traces de pollution organique, la présence d’herbicides et le degré d’eutrophisation des rivières. De plus, ils ont montré une forte cohérence avec les valeurs de l’état écologique déjà établies dans les rivières wallonnes par les méthodes traditionnelles, validant ainsi la fiabilité de l’approche ADNe pour le suivi réglementaire.
Le suivi a également permis de confirmer la présence d’espèces indicatrices comme la moule perlière et la mulette épaisse, dont la détection est souvent complexe par observation directe. Ces informations sont précieuses pour prioriser les actions de restauration et ajuster les mesures de gestion autour des zones sensibles.
Un outil d’aide à la décision issu de la science
Au-delà des résultats scientifiques, ce projet pilote a démontré la faisabilité opérationnelle de l’approche ADN environnemental dans un cadre réglementaire et appliqué. En fournissant rapidement des données fiables, standardisées et comparables entre sites, l’ADNe facilite le dialogue entre gestionnaires, scientifiques et autorités.
Non seulement cette méthode reflète efficacement l’état global des milieux aquatiques, mais elle affine aussi le diagnostic écologique en offrant des informations détaillées sur la structure des communautés, notamment des diatomées. Cette approche innovante ouvre la voie à une surveillance plus sensible, rapide et mieux adaptée aux besoins d’un suivi adaptatif et à l’amélioration continue de la qualité des masses d’eau.
L’ADNe s’affirme comme un véritable outil d’aide à la décision, notamment dans une logique de suivi adaptatif et d’amélioration continue de la qualité des milieux aquatiques.



